Annexe III — Après Freud, les pionniers de la psychanalyse
Annexe III Après Freud, les pionniers de la psychanalyse en Europe et en Amérique latine
La psychanalyse a connu une évolution riche et diversifiée grâce aux contributions de nombreux praticiens en Europe et en Amérique latine. Ce chapitre retrace cette évolution en se concentrant sur quelques figures éminentes qui ont marqué la discipline, leurs contributions spécifiques et leur personnalité. Un nombre important de psychanalystes théoriciens mériterait d’être cité, mais j’ai pris le parti de ne nommer que ceux qui me paraissent les plus influents par leur clinique.
L’école anglaise
Mélanie Klein (1882-1960) est une figure centrale de la psychanalyse des enfants et une pionnière de la théorie des relations d'objet. Elle a développé des concepts essentiels comme les positions schizo-paranoïde et dépressive et a profondément influencé la compréhension de la psyché infantile. Ses travaux sur l'envie, la gratitude et les mécanismes de défense tels que l’identification projective, le clivage, la projection et l'introjection ont été pionniers. Elle a également introduit l'utilisation du jeu comme méthode analytique pour accéder à l'inconscient des enfants, ce qui a permis de nouvelles voies thérapeutiques dans le traitement des troubles infantiles.
Mélanie Klein était connue pour son caractère déterminé et elle fut controversée. Son approche directe et sa volonté de défier les idées établies ont souvent suscité des débats au sein de la communauté psychanalytique. Elle a affronté des oppositions notables, notamment de la part d'Anna Freud, ce qui a donné lieu à de vives discussions sur la direction que devrait prendre la psychanalyse des enfants.
Œuvres majeures :
"The Psycho-Analysis of Children" (1932)
Titre français : “La psychanalyse des enfants”
Cet ouvrage a été publié en France par Les Éditions Payot. La première traduction française date de 1959. La traduction est assurée par Madeleine Grawitz. Ce livre est l'une des œuvres majeures de Mélanie Klein, où elle expose ses théories novatrices sur la psychanalyse des enfants, notamment en développant la méthode du jeu, qui permet d'analyser les processus psychiques infantiles.
"Envy and Gratitude" (1957)
Titre français : «Une étude sur l'envie et la gratitude»
Ce texte a été publié en France par les éditions Gallimard dans la collection "Connaissance de l'inconscient", dirigée par Jean-Bertrand Pontalis. Il a été traduit en 1978 par Marguerite Derrida et André Green.
Ce recueil rassemble les textes les plus célèbres de Mélanie Klein sur l’envie et la gratitude, ainsi que ses théories sur les premiers stades du développement psychique de l'enfant, en lien avec l'agressivité, la pulsion de mort et les premières relations objectales. Le travail de Mélanie Klein a non
seulement influencé la psychanalyse des enfants, mais aussi les théories contemporaines sur le développement humain. Ses idées sur l'envie et la gratitude continuent de résonner dans les pratiques thérapeutiques modernes.
Donald Winnicott (1896-1971) a introduit des concepts clés tels que le "vrai self" et le "faux self", l'objet transitionnel et l'importance de l'environnement "suffisamment bon" pour le développement de l'enfant. Il a mis en lumière le rôle crucial de la mère « suffisamment bonne » et ses fonctions de holding, handling et objet presenting dans la création d'un espace sécurisant pour le développement psychique sain de l'enfant. Winnicott a également souligné l'importance du jeu comme moyen de découvrir et d'exprimer le vrai self, ce qui a conduit à des méthodes thérapeutiques innovantes axées sur le jeu.
Winnicott était connu pour son approche empathique et bienveillante ainsi que pour son charisme et son talent de communicateur. Son humanisme et son intérêt pour la pratique clinique ont fortement influencé ses travaux, le distinguant comme une figure majeure de la psychanalyse et de la pédiatrie.
"The Child, the Family and the Outside World" (1964)
Titre français : "L'enfant et sa famille"
Cet ouvrage a été publié en France par Les Éditions Payot en 1975. La traduction a été réalisée par Claude Monod.
Winnicott y explore le développement de l'enfant au sein de sa famille et son interaction avec le monde extérieur. Il met en avant le rôle crucial des parents, surtout celui de la mère,
dans la construction de l'individualité de l'enfant et sa capacité à appréhender le monde extérieur.
"Playing and Reality" (1971)
Titre français : "Jeu et réalité"
Cet ouvrage a également été publié par Les Éditions Gallimard dans la collection "Connaissance de l'inconscient", dirigée par Jean-Bertrand Pontalis, en 1975. Traduit par Catherine Millot.
Ce livre est célèbre pour son exploration du jeu et de l'imagination chez l'enfant, ainsi que pour l'introduction du concept d'"espace transitionnel". Winnicott y montre comment le jeu permet à l'enfant de créer une réalité intermédiaire entre son monde intérieur et le monde extérieur, facilitant ainsi son développement émotionnel.
Les concepts de Winnicott ont eu un impact durable sur la psychologie de l'enfance et la pratique thérapeutique. Son idée de l'objet transitionnel, par exemple, reste centrale dans la compréhension de la relation entre les enfants et leurs objets « doudou ».
En France
Jacques Lacan, nous l’avons largement développé dans cet ouvrage, a révolutionné la psychanalyse en intégrant des concepts issus de la linguistique, de la philosophie et de la mathématique. Lacan était connu pour son intellect brillant, son style d'enseignement provocateur, parfois hermétique et sa capacité à susciter à la fois l'admiration et la controverse. Son approche théorique rigoureuse et son charisme personnel ont marqué la psychanalyse française et ont engendré une école de pensée.
L'influence de Lacan s'étend au-delà de la psychanalyse. Ses concepts et sa conception de la discipline sont toujours utilisés et sont la base des études incessantes et des réflexions toujours renouvelées.
Les psychanalystes en Amérique latine
L’Amérique latine est une terre de contrastes, marquée par une diversité culturelle impressionnante et une histoire tumultueuse. Au cœur de cette région se trouve un phénomène intellectuel et thérapeutique qui a acquis une importance exceptionnelle : la psychanalyse. Alors que, dans de nombreuses autres régions du monde, cette discipline née en Europe centrale au début du XXe siècle voit son influence décliner, en Amérique latine, elle s'est enracinée profondément, façonnant non seulement le domaine de la santé mentale mais aussi la culture et l'identité de plusieurs nations, en particulier l'Argentine et le Brésil.
L’émergence de la psychanalyse en Amérique latine
L'histoire de la psychanalyse en Amérique latine est indissociable de l'histoire politique, sociale et culturelle de cette région. Dès les années 1920, des sociétés psychanalytiques commencent à voir le jour, avec la fondation en 1927 de la Sociedade Brasileira de Psicanálise au Brésil, marquant le début de l’expansion de la psychanalyse sur le continent sud-américain. Sigmund Freud, bien que vivant alors les dernières années de sa vie, ne pouvait qu'accueillir avec enthousiasme cette initiative, voyant dans ces terres lointaines un nouveau foyer pour sa pensée, au moment même où elle rencontrait des résistances croissantes en Europe.
Cette expansion ne fut pas simplement une importation passive de théories européennes dans un nouveau contexte. Bien au contraire, la psychanalyse en Amérique latine s'est rapidement adaptée aux réalités locales, se nourrissant des influences culturelles et sociales spécifiques de la région. Le Brésil et l'Argentine devinrent rapidement les principaux centres de ce mouvement, chacun développant sa propre version de la psychanalyse, influencée par les événements historiques et les courants intellectuels de l'époque.
L’Argentine : capitale mondiale de la psychanalyse
L'Argentine, en particulier, se distingue par son engouement pour la psychanalyse, au point que Buenos Aires est souvent surnommée la "capitale mondiale de la psychanalyse" en raison de la quantité de praticiens par nombre d’habitants. Cet engouement trouve ses racines dans plusieurs facteurs historiques et culturels.
Dès les années 1930, alors que l'Europe plongeait dans la tourmente avec l'avènement du nazisme, Buenos Aires devint une terre d'accueil pour quelques intellectuels et psychanalystes européens fuyant les persécutions. Ces réfugiés apportèrent avec eux une riche tradition psychanalytique, une pensée profondément marquée par les travaux de Freud et de ses disciples. En Argentine, ils trouvèrent un terrain fertile pour continuer leur pratique et diffuser leurs idées.
Parmi eux, certains noms se détachent particulièrement :
Ángel Garma : psychanalyste d'origine espagnole, il s'installe en Argentine en 1938. Garma est considéré comme l'un des pionniers de la psychanalyse en Amérique latine et il joue un rôle fondamental dans la fondation de la Société psychanalytique argentine en 1942.
Marie Langer : psychanalyste d'origine autrichienne, elle fuit l'Autriche pour l'Uruguay, puis s'installe en Argentine. Elle a eu un impact important sur la psychanalyse en Argentine et s'intéresse aux enjeux sociaux de la pratique psychanalytique.
Enrique Pichon-Rivière : bien qu'il soit né en Suisse, il est arrivé en Argentine très jeune et y a développé une pratique influencée par la psychanalyse européenne. Pichon-Rivière est l'une des figures centrales de la psychanalyse argentine et est reconnu pour ses travaux sur la psychologie sociale et les groupes.
Heinrich Racker – D'origine autrichienne, il est arrivé en Argentine dans les années 1930 et a joué un rôle important dans la formation de l'école psychanalytique argentine, avec une contribution majeure à la compréhension du contre- transfert.
Ces psychanalystes, entre autres, ont été influencés par la tradition freudienne et, par la suite, par les idées lacaniennes qui se sont diffusées en Argentine dès les années 1960, en partie grâce à ces pionniers et à leurs disciples. Ils ont contribué à faire de Buenos Aires un centre de la psychanalyse dans le monde hispanophone.
C'est ainsi que la psychanalyse commença à se répandre dans les milieux intellectuels et universitaires argentins. L'Asociación Psicoanalítica Argentina, fondée en 1942, devint rapidement un centre d'excellence, formant non seulement les premiers psychanalystes argentins, mais aussi des praticiens d'autres pays latino-américains, tels que le Mexique, qui allaient ensuite établir leurs propres institutions psychanalytiques.
La traduction : un pont culturel essentiel
L'un des éléments clés de l'essor de la psychanalyse en Amérique latine fut la traduction des œuvres de Freud en espagnol. Ce travail fut initié par le philosophe espagnol José Ortega y Gasset, qui, dès les années 1920, pressentit l'importance de rendre les écrits de Freud accessibles aux hispanophones. C'est ainsi qu'à travers son disciple et ami Luis López Ballesteros, la première traduction des Obras Completas de Freud vit le jour, même bien avant que la célèbre Standard Edition en anglais ne soit publiée.
Freud lui-même, qui possédait une bonne connaissance de l'espagnol, salua cette traduction comme l'une des meilleures, y voyant non seulement une transmission fidèle de sa pensée, mais aussi une adaptation qui respectait les particularités culturelles du monde hispanophone. Cette traduction joua un rôle déterminant non seulement en Espagne mais surtout en Amérique latine, où elle permit une diffusion rapide et large des idées freudiennes.
En Argentine, un érudit allemand, Ludovico Rosenthal, compléta cette première traduction en établissant ce qui est considéré comme l'une des meilleures versions des œuvres de Freud. Par ailleurs, la seconde traduction réalisée par José Luis Etcheverry dans les années 1970 est encore aujourd'hui reconnue comme une référence, surpassant même, selon certains critiques, l'original allemand en termes de clarté et de rigueur analytique. Nous n’oublions pas Léon Grinberg et Raúl Usigli, psychanalystes pionniers et excellents traducteurs.
Le rôle de la psychanalyse dans la culture argentine
Après la chute du régime péroniste en 1955, la psychanalyse prit une place encore plus centrale dans la culture argentine. Le pays, en quête de modèles et d'identité, y trouva un cadre théorique et pratique qui résonnait avec ses propres
contradictions et aspirations. La classe moyenne argentine, en particulier, l’adopta non seulement comme une méthode thérapeutique, mais comme une véritable philosophie de vie.
Dans ce contexte, la psychanalyse offrait une alternative aux idéologies politiques et religieuses dominantes. Elle permettait aux argentins de se percevoir artisans de leur propre savoir en développant leur propre identité culturelle et sexuelle. En outre, la psychanalyse était perçue comme un moyen d’accéder à une "révolution intérieure", en réponse aux échecs des tentatives de révolutions extérieures qui avaient marqué l'histoire du pays.
L'influence de la psychanalyse en Argentine ne se limitait pas à la sphère clinique ou académique. Elle pénétrait tous les aspects de la vie culturelle, des conversations quotidiennes aux productions littéraires et artistiques. Buenos Aires devint un véritable centre intellectuel, attirant des penseurs et des étudiants du monde entier, désireux de s'imprégner de cette culture psychanalytique unique.
Le Brésil : un autre pôle de la psychanalyse en Amérique latine
Le Brésil, de son côté, développa une tradition psychanalytique tout aussi riche, bien que différente de celle de l'Argentine. La première société freudienne du continent y fut fondée en 1927 et, malgré l'absence de traductions fiables des œuvres de Freud en portugais, la psychanalyse y prospéra grâce à l'ouverture culturelle des intellectuels brésiliens qui lisaient Freud dans diverses langues.
Les premières traductions des œuvres de Freud au Brésil ont été en grande partie dues à l'initiative de « Imago Editora », une maison d'édition fondée en 1933 par Pedro S. de Oliveira. Cette maison d'édition est devenue le principal
diffuseur des œuvres psychanalytiques dans le pays, publiant de nombreuses traductions de Freud et d'autres auteurs psychanalytiques majeurs. Imago Editora a joué un rôle crucial dans la diffusion de la psychanalyse au Brésil, contribuant à établir des ponts entre la pensée européenne et les intellectuels et cliniciens brésiliens. "A Interpretação dos Sonhos", première traduction de cet ouvrage au Brésil, a été publiée en 1950, "Três Ensaios sobre a Teoria da Sexualidade" a été publié en 1944, la même année que "Psicopatologia da Vida Cotidiana".
La culture psychanalytique brésilienne se développa dans un contexte de profondes contradictions culturelles et régionales. Les divisions internes au sein des sociétés psychanalytiques, ainsi que les débats autour de l'interprétation des œuvres de Freud et de Lacan, donnèrent naissance à une scène psychanalytique hétérogène mais dynamique. Les œuvres psychanalytiques contemporaines étaient rapidement traduites et lues par un public de plus en plus large et averti, contribuant à faire du Brésil un autre grand centre de la psychanalyse en Amérique latine.
L’influence des événements mondiaux et des courants intellectuels
Les années 1960 et 1970 furent marquées par des bouleversements politiques et intellectuels majeurs, qui contribuèrent à renforcer l'influence de la psychanalyse en Amérique latine. La révolution cubaine, la guerre du Vietnam, le concile Vatican II ainsi que des figures intellectuelles latino-américaines créèrent un climat propice à l'émergence de nouvelles formes de pensée critique.
Dans ce contexte, la psychanalyse se présenta comme une grille d'analyse incontournable pour comprendre les dynamiques psychiques et sociales de l'époque. Elle offrait
une alternative aux modèles dogmatiques imposés par les régimes autoritaires et les partis communistes, permettant aux intellectuels latino-américains de synthétiser les apports de Freud, notamment à travers l'œuvre de Lacan.
L'Argentine connut une véritable apothéose de la psychanalyse, particulièrement dans les années 1970, avec l'émergence de mouvements de rupture au sein de la psychanalyse officielle et la reconnaissance du droit des psychologues à exercer la profession d’analyste. Les "travailleurs de la santé mentale" se fédérèrent dans des associations présidées par des psychanalystes, tandis que des milliers d'étudiants cherchaient des maîtres capables de leur transmettre un savoir conforme à l'esprit de l'époque.
Cependant, cette période de gloire fut brutalement interrompue par la "guerre sale" des années 1976-1983, une période de répression militaire féroce en Argentine. De nombreux psychanalystes, intellectuels et étudiants furent contraints à l'exil pour échapper à la torture et à la mort. Pourtant, même dans ces conditions extrêmes, la psychanalyse survécut et continua de fonctionner, tant en Argentine qu'au Brésil, où elle maintint une autonomie remarquable face aux régimes dictatoriaux.
L'asphyxie politique et intellectuelle sous les dictatures militaires conduisit à la formation d'une diaspora psychanalytique mondiale. Des centaines de psychanalystes argentins et uruguayens, formés dans leur pays d'origine, s'installèrent aux États-Unis, au Mexique et dans d'autres pays d'Amérique centrale et du Sud, où ils continuèrent de pratiquer et de diffuser la pensée freudienne et lacanienne. Certains trouvèrent refuge en Europe, notamment en Espagne et en France, tandis que d'autres s'établissaient en Australie, contribuant à l'essor global de la psychanalyse.
Il est difficile de mesurer l'étendue du succès de la psychanalyse en Amérique latine sans reconnaître les risques qui l'accompagnent. Bien qu’elle ait trouvé un terrain fertile dans cette région, elle n'est pas à l’abri des dangers du dogmatisme et de la fragmentation institutionnelle.
La psychanalyse en Amérique latine est un phénomène complexe, à la fois fascinant et paradoxal. Elle a su s'adapter aux spécificités culturelles de la région, tout en devenant une partie intégrante de l'identité culturelle de pays comme l'Argentine et le Brésil. Cependant, comme toute doctrine, elle doit continuellement se réinventer pour éviter les écueils du dogmatisme et répondre aux besoins changeants de la société.
Pour moi, les figures les plus marquantes ont été :
Ángel Garma (1904-1993)
Ángel Garma est considéré comme un pionnier de la psychanalyse en Amérique latine. Il a été l'un des fondateurs de l'Association psychanalytique argentine et a contribué à l'introduction et à la diffusion des idées freudiennes en Argentine. Il a également travaillé sur l'application de la psychanalyse à la culture et aux sociétés latino-américaines, adaptant les concepts freudiens aux contextes locaux.
Garma était connu pour son esprit pionnier et son engagement envers l'expansion de la psychanalyse en Amérique latine. Son dévouement à la formation des psychanalystes et à la promotion de la psychanalyse a eu un impact durable, créant une base solide pour la pratique psychanalytique dans la région.
Cf :“Introducción a la técnica psicoanalítica” (1954)
Marie Langer (1910-1987)
Marie Langer a été une figure clé de la psychanalyse en Amérique latine. Elle est connue pour ses travaux sur la psychanalyse et la maternité ainsi que pour son engagement social et politique. Elle a contribué à la fondation de l'Association Psychanalytique Uruguayenne et a travaillé intensivement sur l'application de la psychanalyse dans le contexte social et politique de son pays. Elle a également exploré les interactions entre les dynamiques psychiques et les conditions socio-économiques. Langer était reconnue pour son engagement passionné en faveur de la justice sociale et de l'égalité. Son approche humaniste et son engagement politique ont fortement influencé son travail psychanalytique, la rendant unique parmi ses contemporains.
Cf :“Maternidad y sexo” (1951) “Psicoanálisis y realidad” (1972)
Oscar Masotta (1930-1979) Oscar Masotta est une figure incontournable pour comprendre l'introduction et l'essor de la psychanalyse lacanienne en Argentine. Intellectuel polyvalent, il s'est engagé dans la diffusion de la pensée de Jacques Lacan en Amérique Latine dans les années 1960. Sa formation polyglotte et son profond intérêt pour les questions philosophiques, littéraires et psychanalytiques lui ont permis de rendre accessibles et compréhensibles les idées de Lacan dans un contexte culturel différent de celui de la France. Masotta a été d’un apport déterminant en traduisant et interprétant des textes lacaniens pour le public hispanophone, notamment à travers ses conférences et ses écrits. Il a ainsi contribué à créer un pont entre la psychanalyse française et le monde intellectuel argentin,
participant activement à l'essor d'une culture psychanalytique profondément enracinée en Argentine. En 1964, Masotta donna une conférence intitulée "Jacques Lacan ou l’inconscient aux fondements de la philosophie" qui fit date. Il y démontra comment Lacan renouvelait l'analyse freudienne en la connectant avec des courants philosophiques tels que la phénoménologie. Masotta était un penseur original, profondément engagé dans les débats intellectuels de son temps. Sa capacité à naviguer entre différents domaines du savoir, de la littérature à la psychanalyse en passant par la philosophie, faisait de lui un passeur culturel entre l'Europe et l'Amérique latine. Son travail a non seulement introduit Lacan en Argentine, mais a également encouragé une réflexion critique sur la psychanalyse, la rendant pertinente pour les contextes locaux. Oscar Masotta a laissé un héritage durable : grâce à lui la psychanalyse lacanienne a prospéré dans des cercles académiques et cliniques, influençant des générations de psychanalystes et d'intellectuels dans la région. Son impact a été tel que, même après sa mort, ses travaux continuent à servir de référence pour l'étude et la pratique de la psychanalyse en Argentine.
Cf :“Introducción a la lectura de Jacques Lacan” (1974) “Ensayos lacanianos” (1982)
Pour conclure ce chapitre je veux citer les trois psychanalystes argentins qui, par leurs contributions singulières, ont façonné une approche de la psychanalyse profondément ancrée dans le contexte social et culturel de l’Amérique latine. Aberastury a ouvert des voies pour la psychanalyse de l’enfant, Rascovsky a exploré les aspects les plus sombres des relations parentales, et Pichon-Rivière a
permis de penser la psychanalyse au-delà de l’individu, en l’ouvrant aux dynamiques sociales et collectives.
Arminda Aberastury (1910-1972) est l'une des pionnières de la psychanalyse des enfants en Argentine et en Amérique latine. Inspirée par les travaux de Mélanie Klein, elle a développé des méthodes pour travailler avec les enfants à travers le jeu, contribuant ainsi à l’introduction de la "technique ludique". Sa pratique a permis de mieux comprendre les troubles infantiles dans un contexte argentin, en intégrant des éléments sociaux et familiaux dans l'analyse.
"La Técnica Psicoanalítica con Niños" est un ouvrage majeur dans lequel Aberastury expose sa méthode d'analyse par le jeu, en s’inspirant des principes kleiniens. "Psicoanálisis de Niños y Adolescentes" compile ses théories sur le développement psychologique des enfants et adolescents, marquant ainsi son rôle de précurseur dans l’analyse de l’enfance.
Aberastury a également développé le concept de la "pré- adolescence" et a influencé des générations de psychanalystes latino-américains en proposant une compréhension profondément humaniste du développement psychique de l’enfant.
Arnaldo Rascovsky (1907-1995) a été l'un des premiers psychanalystes argentins à travailler sur les dynamiques familiales, notamment en ce qui concerne la relation parent- enfant. Il a exploré la dimension destructrice dans la relation parentale, introduisant la notion controversée de "filicide inconscient", selon laquelle certains parents expriment inconsciemment des pulsions destructrices envers leurs enfants.
"El Mito de la Madre Muerta" analyse la relation mère- enfant et ses implications dans le développement psychique de l'enfant. "Parricidio y Filicidio" : Ici, Rascovsky explore les conflits destructeurs dans la parentalité, abordant des concepts novateurs qui suscitent encore des débats dans le domaine.
Les travaux de Rascovsky ont eu une résonance particulière dans la compréhension des aspects destructeurs du psychisme et des dynamiques de la famille, contribuant ainsi à une psychanalyse plus ouverte aux complexités de la relation parent-enfant.
EnriquePichon-Rivière (1907-1977) est considéré comme le père de la psychanalyse sociale en Argentine. Il a notamment été l'un des premiers à introduire la psychologie sociale dans le cadre psychanalytique, en insistant sur l'importance du contexte social dans le développement de l’individu. Influencé par la psychiatrie, il a également travaillé sur les groupes opératoires, une méthode innovante qui utilise le travail de groupe pour faciliter la compréhension des dynamiques psychiques.
"El Proceso Grupal" décrit sa théorie des groupes opératoires, expliquant comment le travail de groupe peut devenir un outil thérapeutique pour explorer les structures psychiques. "Psicología de la Vida Cotidiana" est un texte fondamental où Pichon-Rivière étudie les interactions sociales et leurs effets sur le psychisme individuel, une contribution importante pour le développement de la psychanalyse sociale.
Pichon-Rivière a également développé le concept de "lien social" comme élément central de l'analyse, positionnant la
psychanalyse comme une pratique profondément liée aux conditions sociales.
Références pour ce chapitre :
La psychanalyse en Amérique latine Néstor A. Braunstein
Jorge Belén, Biografía colectiva del psicoanálisis argentino, Buenos Aires, Planeta, 1991.
Mariano Ben Plotkin, Freud in the Pampas. The Emergence and Development of a Psychoanalytic Culture in Argentina, Stanford, Stanford University Press, 2001.
Joel Birman (éd.), Percursos na história da psicanálise, Rio de Janeiro, Taurus, 1988.
Sigmund Freud, [1923] « Letter to Luis López Ballesteros y de Torres», Standard Edition of the Complete Psychological Works, London, Hogarth Press, 1957.
Elisabeth Roudinesco, Michel Plon, Dictionnaire de la psychanalyse, Paris, Fayard, 1997, articles « Argentine » et « Brésil ».
Hugo Vezzetti, « Freud en langue espagnole », Revue internationale d’histoire de la psychanalyse, n° 4, 1991, p. 189-207; Aventuras de Freud en el país de los argentinos, Buenos Aires, Paidós, 1995.