La formation du patient

Ce qui échappe à notre conscience

Chapitre 2 Ce qui échappe à notre conscience De quelle manière la cure analytique permet d’y avoir accès

Dans ce chapitre, nous explorons la façon dont les manifestations de l’inconscient se présentent dans la vie quotidienne à travers les lapsus, les oublis et les actes manqués. Nous expliquons comment la psychanalyse permet d’accéder à ces contenus cachés pour les rendre conscients en mettant l’accent sur les techniques analytiques développées par Freud et Lacan.

● Les manifestations inconscientes dans la vie quotidienne

Les phénomènes tels que les lapsus, les actes manqués, les oublis, sont des manifestations courantes mais profondément significatives de la vie psychique inconsciente. Freud, dans son ouvrage “Psychopathologie de la vie quotidienne” (1901), a mis en lumière comment ces phénomènes apparemment anodins révèlent des aspects cachés de la psyché. Ces manifestations, qui peuvent sembler sans importance, trahissent souvent des conflits internes, des désirs refoulés, des pensées inconscientes qui tentent de faire surface.

Face aux désirs cachés, les mécanismes de défense qui lâchent, les pensées refoulées qui forcent le passage, les actes manqués se manifestent de façon surprenante, inattendue. Ce sont des actes fréquents qui passent inaperçus la plupart du temps.

L'intérêt de Freud pour ces manifestations montre que même les aspects les plus banals de la vie quotidienne sont en fait traversés par des dynamiques psychiques complexes. La psychanalyse permet de décrypter ces comportements et d'en révéler la signification cachée, offrant ainsi une compréhension des profondeurs de la vie psychique.

Les actes manqués expriment quelque chose de significatif. Ils peuvent être interprétés comme la manifestation d’un désir refoulé, d’une pulsion inconsciente ou d’un conflit interne.

Le lapsus est sans doute l'exemple le plus classique. Il s'agit de dire un mot pour un autre, de manière involontaire. Par exemple, une personne souhaite dire : « J’ai envie de te voir » mais dit : « J’ai envie de te boire ». Cet exemple de lapsus montre comment des désirs ou des pensées inconscientes peuvent se manifester par une substitution involontaire de mots. Ce lapsus révèle potentiellement un désir inconscient d'une fusion plus intime, qui va au-delà de la simple envie de voir l’autre. L'idée de "boire" peut évoquer une aspiration à s'approprier ou à incorporer l'autre, ce qui témoigne d'un désir latent. Un lapsus célèbre est celui commis à l'Assemblée nationale française lors d'une discussion sur une loi concernant la pornographie. Un député, en s'adressant à ses collègues, voulait leur demander de "durcir leur texte". Cependant, il a involontairement prononcé "durcir leur sexe". Ce lapsus, en apparence amusant, révèle comment des éléments liés à la sexualité, refoulés ou socialement tabous, peuvent soudainement émerger dans le discours à des moments inopportuns. On peut supposer que le terme "sexe" n'a pas

surgi par hasard. Il résulterait d'une tension interne entre le sujet du débat — la pornographie, qui est directement liée à la sexualité — et des pensées inconscientes réprimées ou chargées de sens. Ce lapsus pourrait aussi révéler une pression sous-jacente, un embarras ou un conflit latent dans le discours politique sur un sujet aussi délicat.

Le fait d’oublier un rendez-vous important ou le fait de ne pas se souvenir d’un nom propre peut également être révélateur d’un mécanisme de résistance. Freud montre que ces oublis peuvent être des formes de refoulement, où le sujet, de manière inconsciente, refoule une information ou un événement qui lui est émotionnellement désagréable. Par exemple, oublier une date importante en lien avec une personne avec qui on entretient une relation conflictuelle peut traduire une agressivité à son égard, sentiment qui peut être intolérable pour le Moi.

Laisser ses clés à l'intérieur en partant de chez soi ou renverser du café sur une chemise avant une réunion importante, sont d'autres exemples d'actes manqués. Ne pas retrouver les clés de son appartement et se trouver “enfermé” dehors peut avoir une signification inconsciente.

L’inconscient utilise ces manifestations pour contourner la censure imposée par le Moi et la conscience.

Ces actes manqués mettent également en jeu la résistance qui est la tendance à s'opposer à la prise de conscience de certaines représentations refoulées. Si ces manifestations témoignent de l’échec du refoulement, c’est précisément parce que ce qui a été refoulé tend à revenir sous une forme déformée, telle qu’un lapsus ou un oubli.

L’un des apports majeurs de Freud est de montrer que ces erreurs apparemment insignifiantes sont accessibles à l’interprétation. Comme dans l’analyse des rêves, Freud propose qu’un acte manqué puisse être décodé pour en révéler le contenu latent. L’interprétation d’un acte manqué nécessite du côté du patient un travail d’association libre, une contextualisation, une compréhension de ses conflits actuels et encore de son histoire personnelle.

● Le refoulement

Le refoulement est un mécanisme de défense du Moi. Il consiste à rejeter hors de la conscience des représentations et des affects liées à une pulsion. L’échec du refoulement conduit à la formation des symptômes et surtout à l’impossibilité d’éviter l’angoisse. Ces contenus refoulés ne disparaissent pas, ils restent actifs dans l'inconscient et cherchent à revenir à la conscience.

L’expression “retour du refoulé” signifie que les contenus refoulés reviennent sous des formes déguisées, telles que les rêves, les symptômes névrotiques ou les lapsus. Il s’agit d’un phénomène central en psychanalyse, car il montre comment les éléments inconscients continuent d’influencer la vie consciente et le comportement. Freud a également observé que ce retour du refoulé est souvent à l’origine de l’apparition des symptômes en tant qu’indice du conflit entre le Ça et le Moi.

Lacan a prolongé la théorie freudienne du refoulement en soulignant que "le refoulé revient dans le réel". Pour Lacan, le réel est ce qui échappe à la symbolisation, à l’ordre du langage. Lorsque le refoulé fait retour, il ne réapparaît pas simplement sous forme de lapsus ou d'actes manqués, mais peut surgir de manière plus brute et perturbante sous forme de symptômes. Le réel, dans la perspective lacanienne, est ce

qui résiste à toute tentative de symbolisation et de contrôle par le sujet.

● L’oubli

L’oubli, nous l’avons déjà dit, est une autre manifestation du refoulement. Lorsqu'un individu oublie un événement, un nom ou une information particulière, cela peut être le signe d’un mécanisme de refoulement en action. L’oubli n’est pas toujours dû à une simple inattention ou à un affaiblissement de la mémoire, il peut être motivé par un désir inconscient de ne pas se souvenir d'un élément qui provoque de l'angoisse, de la honte, ou de la culpabilité.

Lorsque la mémoire échoue à rappeler un nom particulier, cela peut indiquer que le nom est porteur d’une charge affective importante. L’oubli devient ainsi une manière de dissimuler des souvenirs ou des émotions qui pourraient générer de l’angoisse ou du malaise.

Un exemple pourrait être celui d’un patient en thérapie qui oublie systématiquement le nom de son frère, avec qui il entretient des relations conflictuelles. On pourrait interpréter cet oubli répétitif comme une tentative inconsciente de minimiser l’importance de cette relation conflictuelle, ou de fuir les émotions douloureuses associées à ce lien familial.

Freud illustre l’oubli des noms propres à travers un exemple personnel où il décrit un oubli des noms propres. En effet, Freud oublie le nom du peintre Signorelli lors d’un voyage en train en Bosnie-Herzégovine. Cet épisode est raconté dans un article intitulé " Sur le mécanisme psychique de l'oubli " , publié en 1898 et inclus dans "Psychopathologie de la vie quotidienne" de 1901, où Freud analyse cet oubli en détail. Pendant ce voyage, Freud discute avec un compagnon de route des fresques de Signorelli qu’il a vues à Orvieto, en

Italie. Cependant, lorsqu’il tente de mentionner le nom du peintre, Signorelli, il n’arrive pas à s’en souvenir. À la place, d'autres noms de peintres italiens, tels que Botticelli et Boltraffio, lui viennent à l’esprit. Freud est alors intrigué par cet oubli et décide d’en analyser la cause.

Il découvre que cet oubli n'est pas un simple défaut de mémoire, mais qu'il est intimement lié à des événements récents qui avaient résonné émotionnellement en lui. Peu avant cette conversation, il avait été affecté par la mort de plusieurs de ses patients, événement qui avait ravivé en lui des réflexions profondes sur la mort et l'impuissance. En outre, pendant ce même voyage, il avait discuté avec son compagnon de train des mœurs sexuelles turques, qui accordent une grande importance aux plaisirs sexuels. Ces sujets sensibles, combinés aux préoccupations personnelles de Freud concernant la sexualité et l'impuissance masculine, semblent avoir activé un conflit inconscient.

Pour comprendre l'oubli de "Signorelli", Freud procède à une décomposition du nom. Il divise "Signorelli" en deux parties : "Signor", qui signifie "monsieur" en italien, est un terme neutre, mais potentiellement associé à une figure masculine d'autorité ou de respect. "Elli" rappelle à Freud des racines germaniques, en particulier des mots en lien avec la mort et l'impuissance sexuelle comme “Elend”, signifiant “malheur” ou “souffrance” en allemand. Ces connotations douloureuses ont un lien direct avec les événements qui l'avaient récemment perturbé.

Freud propose que cette association inconsciente entre "elli" et la mort, ainsi que l'impuissance, aurait été trop chargée émotionnellement pour être tolérée consciemment. Pour se protéger de ces pensées douloureuses, son esprit a refoulé le nom "Signorelli", remplacé alors par les noms de peintres

moins évocateurs de ces conflits, comme "Botticelli" et "Boltraffio".

Cet oubli du nom de Signorelli est pour lui une démonstration classique d'un mécanisme de défense appelé refoulement. Dans ce cas, les pensées liées à la mort et à l'impuissance ont été refoulées, et cette pression inconsciente a conduit à l'oubli du nom "Signorelli", trop étroitement associé à ces thèmes perturbants.

La substitution à "Signorelli" de "Botticelli" et "Boltraffio" n'est pas aléatoire. Freud montre que ces noms avaient des associations moins chargées émotionnellement pour lui, et que son esprit a donc inconsciemment substitué ces noms pour éviter la charge affective liée au refoulement. Ce remplacement par des signifiants plus "inoffensifs" est un exemple de la façon dont l'inconscient trouve des solutions de compromis pour gérer des conflits internes.

La tendance à l'oubli peut être expliquée par la présence de conflits psychiques inconscients. Ces conflits peuvent impliquer des pensées ou des désirs inacceptables qui, pour ne pas être rendus conscients, sont "refoulés". L'oubli est donc la conséquence d’un mécanisme de défense, le refoulement, qui permet à l'individu de protéger le moi contre des pensées, souvenirs ou affects désagréables ou anxiogènes. Ainsi, ce qui est oublié n'est pas nécessairement perdu, mais déplacé vers l'inconscient.

Freud qualifiait ce type de comportement « d'acte manqué ». Selon lui, un acte manqué, tel que l’oubli récurrent ou le retard, révèle des processus inconscients à l'œuvre, en conflit avec les intentions conscientes. Ce mécanisme met en lumière la complexité des dynamiques entre l’inconscient, qui tend à dissimuler des désirs ou des peurs, et le conscient, qui cherche à les réprimer ou à les ignorer.

L’oubli des rêves : Freud aborde la question de l'oubli des rêves dans "L'Interprétation des rêves". Il y consacre un passage où il explique que l’oubli des rêves est lié à des mécanismes psychiques, notamment la résistance et la censure. Selon lui, l’oubli est souvent provoqué par la difficulté de la conscience à accepter ou à intégrer certains contenus oniriques, en particulier ceux qui concernent des désirs refoulés ou des conflits inconscients.

Freud explique que l’oubli des rêves survient surtout lorsque leur contenu est trop perturbant ou qu’il est difficile de s’y confronter. Ainsi, dès le réveil, la censure, qui est plus active à l'état de veille, intervient pour refouler ce contenu, provoquant son oubli ou sa distorsion. Dans de nombreux cas, ce n'est pas un oubli accidentel, mais une résistance inconsciente destinée à protéger l'individu de ce que le rêve pourrait révéler.

L’oubli rapide d’un rêve peut donc être interprété comme une défense psychique, un moyen de protéger la conscience contre des représentations trop dérangeantes pour être pleinement intégrées ou affrontées.

Les erreurs de lecture ou d’écriture, comme les lapsus verbaux ou scripturaux, sont des manifestations de l’inconscient. Ces erreurs, loin d’être de simples coïncidences, sont souvent le signe d’un conflit psychique sous-jacent. Elles représentent des compromis entre le désir inconscient, qui cherche à s’exprimer, et la conscience, qui tente de maintenir le contrôle. Ainsi, lire un mot pour un autre ou écrire un mot inapproprié peut révéler des tensions intérieures ou des désirs refoulés.

Ces erreurs fonctionnent comme des actes manqués et permettent à l’inconscient de s’exprimer de manière indirecte. Elles apparaissent souvent dans des situations où

des émotions refoulées ou des désirs inassouvis se manifestent de manière déguisée. L’erreur, qu’elle soit de lecture ou d’écriture, devient une voie d’expression involontaire, permettant à l’inconscient de faire irruption dans la conscience.

Ces erreurs sont aussi des expressions des mécanismes de déplacement et de condensation, deux processus centraux dans la formation des rêves, que Freud a également appliqués à d'autres domaines de la vie psychique. Le mot erroné devient un substitut, remplaçant un contenu émotionnel plus profond.

Un lapsus d’écriture (scriptural) fonctionne selon le même principe qu’un lapsus verbal : il se produit lorsque l’inconscient parvient à s’exprimer malgré les efforts conscients pour se conformer aux normes sociales ou aux attentes externes.

Ces lapsus peuvent être liés à des émotions refoulées, comme la peur, l’anxiété, la colère ou des désirs que la personne n’a pas totalement reconnus ou intégrés. L’acte d’écrire, en tant qu’activité structurée et consciente, offre un cadre idéal pour l’observation de ces "glissements" symboliques, où l’inconscient prend temporairement le dessus. Le lapsus devient ainsi un moyen pour l'inconscient de contourner la censure psychique et de s’exprimer de manière détournée.

En psychanalyse, la prise de conscience des manifestations de l’inconscient, telles qu’elles apparaissent dans la vie quotidienne à travers les lapsus, les oublis et les actes manqués, sert à révéler des facettes cachées de nos pensées et de nos désirs et ainsi cheminer dans la connaissance de soi. Le rôle du psychanalyste est d’aider le patient à établir des

liens entre ces manifestations et les conflits psychiques sous- jacents. Toutefois, il convient de souligner que des interprétations hâtives, superficielles ou « sauvages » de ces phénomènes, qui attribueraient un excès de signification aux gestes du quotidien, risquent de nuire à la démarche analytique par l’exagération ou la banalisation de l’examen des comportements.

Jacques Lacan a abordé "Psychopathologie de la vie quotidienne" dans plusieurs de ses séminaires et écrits, bien qu'il n'ait pas commenté cet ouvrage de manière exhaustive comme il l’a fait pour L'interprétation des rêves. Néanmoins, Lacan a intégré et réinterprété plusieurs concepts clés issus de ce livre, en les enrichissant avec sa théorie du signifiant et de l’inconscient.

Voici quelques points clés sur l'approche de Lacan concernant les actes manqués et les phénomènes décrits par Freud.

Lacan reprend l’idée de Freud selon laquelle les actes manqués, les lapsus et les oublis sont des manifestations de l’inconscient, mais il les conceptualise à travers sa théorie du signifiant.

Les actes manqués sont pour lui des jeux du signifiant, des moments où la vérité du sujet émerge à travers un dérapage de la chaîne signifiante. Le lapsus, par exemple, est un moment où le désir inconscient apparaît dans le discours à travers un mot "manqué", mais qui prend tout son sens dans le registre du symbolique.

Lacan insiste sur le fait que ces manifestations ne sont pas seulement des erreurs, mais des révélations du réel du sujet à travers le langage.

Dans les actes manqués, Lacan voit un glissement signifiant au sein de la chaîne symbolique. Un mot ou un nom peut être oublié ou remplacé par un autre non pas en raison d’un désir inconscient uniquement, mais parce que les signifiants eux-mêmes se substituent l’un à l’autre au sein de la structure du langage.

Dans le cas de l’oubli de noms analysé par Freud, Lacan y voit le jeu des signifiants, où l’oubli est le résultat d’une substitution signifiant/signifiant, à travers laquelle l’inconscient s’exprime. Ce n'est donc pas seulement le contenu refoulé qui importe, mais la manière dont le signifiant s'articule dans la structure symbolique du sujet. Ce type de manifestations fait l’objet de toute l’attention dans la séance.

En effet, cet exemple illustre de manière frappante le jeu des signifiants dans l’inconscient. Cet oubli, loin d’être un simple accident ou un phénomène anodin, révèle un mécanisme complexe où des signifiants se substituent les uns aux autres pour donner lieu à une déformation ou à un effacement apparent dans le discours conscient. Lacan, en réinterprétant ce cas, met en lumière la logique propre au langage inconscient et son fonctionnement structurel.

Lacan souligne que cet oubli est avant tout un effet du jeu des signifiants dans la chaîne langagière. Pour lui, l’oubli de Signorelli n’est pas simplement dû à un refoulement d’un contenu précis, mais résulte d’une substitution entre signifiants qui illustre comment l’inconscient opère dans le langage. Il s’intéresse moins au « quoi » refoulé qu’au «

comment » : c’est-à-dire à la manière dont les signifiants se déplacent et se recombinent.

Dans le cas de Signorelli :

• Le nom oublié (Signorelli) est remplacé par des signifiants voisins, comme Botticelli et Boltraffio, qui n’ont pas été oubliés.

• Cette substitution signifiant/signifiant révèle une chaîne associative où l’inconscient s’exprime par des glissements et des ruptures, sans que le sujet en ait pleinement conscience.

Le rôle de la structure symbolique. Pour Lacan, ce qui importe dans ce phénomène n’est pas uniquement le contenu refoulé qui contient le nom oublié (la mort, la sexualité, ou d’autres pensées liées), mais la manière dont les signifiants se combinent et se déploient dans une structure symbolique propre au sujet. L’oubli de Signorelli devient alors un exemple paradigmatique de la manière dont le langage organise l’inconscient :

• L’inconscient ne se manifeste pas de manière arbitraire, mais selon une logique structurée par le langage.

• Le signifiant joue un rôle actif : il n’est pas un simple véhicule de sens, mais une entité qui se différencie, se répète, ou s’efface selon ses propres règles.

Le travail en séance : une attention aux signifiants : dans une séance psychanalytique, ce type de manifestation, comme l’oubli d’un nom, devient un point d’entrée privilégié pour le travail analytique. Le psychanalyste porte une attention particulière :

● Aux glissements de signifiants : quels mots, sons, ou images sont venus à l’esprit du patient en lieu et place du signifiant oublié ? ● À la chaîne associative : comment les signifiants oubliés ou déformés s’articulent-ils à d’autres signifiants dans le discours du patient ? ● À la structure du désir : que révèle cette substitution sur les désirs ou les conflits inconscients du sujet ?

Une manifestation du langage inconscient : ainsi, pour Lacan, l’oubli de noms n’est pas un accident psychique isolé, mais une preuve tangible que l’inconscient est structuré comme un langage. Ce type de lapsus démontre que l’inconscient parle, non par les mots eux-mêmes, mais par les substitutions et les déplacements dans la chaîne des signifiants.

L’oubli de noms, analysé par Freud et repris par Lacan, illustre de manière magistrale comment le langage inconscient opère à travers les glissements de signifiants. Ce phénomène dépasse la simple idée de refoulement pour s’inscrire dans une logique structurale où le sujet, à son insu, articule son être à travers les signifiants qui l’habitent. C’est précisément dans ces failles et ces substitutions que le psychanalyste trouve matière à déchiffrer l’inconscient du sujet.

Lacan reprend la théorie freudienne du refoulement, en l’insérant dans sa distinction entre les trois registres du symbolique, de l’imaginaire et du réel. Nous le verrons plus tard.

Pour Lacan, un acte manqué représente le moment où ce qui est refoulé dans le symbolique fait irruption dans l’imaginaire ou le réel, de manière à troubler la chaîne

signifiante du langage. C'est la rupture dans la continuité du langage qui permet au refoulé de réapparaître.

Cette rupture ou ce « dérapage » montre que l'inconscient n’est pas une instance séparée de la conscience, mais qu'il traverse constamment les discours et les actes quotidiens, agissant par des glissements de signifiant.

Pour Lacan, les symptômes et les actes manqués sont des messages codés de l’inconscient. Il insiste sur le fait que le symptôme est un signifiant dans une chaîne complexe, qui doit être déchiffré à travers le prisme du langage, de la parole du patient.

Ainsi, pour lui, les actes manqués sont une version allégée du symptôme, qui révèlent le mode de jouissance du sujet et son rapport à la loi du langage, aux lois de la parole.

Dans sa lecture de Freud, Lacan met en avant le concept de sujet divisé, notion qui s’articule de manière fondamentale avec les lapsus et les actes manqués décrits dans Psychopathologie de la vie quotidienne. Le sujet, pour Lacan, est divisé entre son moi conscient et son inconscient, et cette division se manifeste dans des moments où le discours du sujet dérape à travers des actes manqués.

Le lapsus devient un lieu où se révèle la division du sujet, la tension entre ce que le sujet veut consciemment dire et ce que son inconscient exprime malgré lui. Le sujet n'est jamais maître de son propre discours et les actes manqués sont l'illustration de cette division.

Pour Lacan, l’œuvre de Freud offre une entrée privilégiée pour comprendre comment l’inconscient se manifeste dans la vie ordinaire à travers des actes signifiants. Il enrichit cette

compréhension en montrant que ces actes manqués sont des symptômes légers qui révèlent la structure du sujet.

Lacan voit dans les actes manqués des productions du langage qui dévoilent la structure de l'inconscient, en insistant encore une fois sur le fait que ces phénomènes sont des signifiants qui doivent être analysés dans leur relation à la chaîne symbolique qui constitue le discours du patient. Il considère ainsi l'œuvre de Freud comme un fondement indispensable qu'il reformule à travers ses propres concepts théoriques.

Freud a révolutionné la compréhension de ces phénomènes en démontrant que rien dans la vie psychique n’est laissé au hasard. Dans l’actualité, ses idées sont tellement rentrées dans nos mœurs que les expliquer nous paraît énoncer une somme de banalités. Beaucoup de lecteurs auront pu se dire que tout ce chapitre leur était déjà connu. Mais avant Freud personne n'avait énoncé ces phénomènes avec une telle clarté. Chaque lapsus, chaque acte manqué, chaque oubli peut être interprété comme une clé permettant de déverrouiller les portes de l'inconscient. Lacan, en prolongeant et en réinterprétant ces concepts, a ajouté une dimension supplémentaire en montrant comment ces manifestations sont ancrées dans les structures du symbolique, et comment le refoulé revient toujours sur le sujet, parfois sous des formes brutales.

Ainsi, ces phénomènes révèlent des aspects profondément enfouis de la psyché, offrant des indices précieux pour l'analyse et la compréhension des dynamiques inconscientes qui façonnent notre comportement et notre expérience subjective.

Références bibliographiques

Freud, S. (1973). La psychopathologie de la vie quotidienne : Oublis, lapsus, maladresses, actes manqués. (Trad. S. Jankélévitch). Paris : PUF (Presses Universitaires de France), Collection Quadrige.

Lacan, J. (1957-1958). Le séminaire, livre V : Les formations de l’inconscient. Paris : Seuil, Collection Champ freudien, 1998.

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